En bref. La fissure anale est une petite déchirure de la peau du canal anal. Elle provoque une douleur vive au passage de la selle, comme une coupure, qui persiste souvent ensuite. Les hémorroïdes internes, elles, saignent sans faire mal. Les deux peuvent saigner, et les deux se traitent d’abord par la régularisation du transit. Seul un examen permet de définir le diagnostic, et c’est important, car les traitements diffèrent.
« J’ai des hémorroïdes » : c’est la conclusion la plus fréquente devant une douleur anale ou une trace de sang. Pourtant, dans une bonne partie des cas, il s’agit d’une fissure anale. La confusion est logique, puisque les deux touchent la même zone et saignent. Elle n’est pas sans conséquence : mal identifiée, une fissure est traitée avec des produits qui ne la soigneront pas.
Pour une vue d’ensemble, lire notre article Hémorroïdes : symptômes, causes et ce qu’il faut savoir.
Qu’est-ce qu’une fissure anale ?
C’est une petite déchirure de la muqueuse qui tapisse le canal anal, le plus souvent provoquée par le passage d’une selle dure, parfois par une diarrhée prolongée ou un accouchement.
Sa particularité tient à ce qui se passe ensuite. La douleur déclenche une contraction réflexe du sphincter, ce muscle qui ferme l’anus. Cette contraction réduit la circulation sanguine dans la zone, ce qui empêche la plaie de cicatriser, et entretient la douleur. Un cercle s’installe : douleur, contraction, mauvaise cicatrisation, nouvelle douleur.
S’y ajoute souvent la peur d’aller à la selle, qui conduit à se retenir, donc à durcir les selles, donc à rouvrir la fissure. C’est ce cercle vicieux qu’il faut casser pour guérir.
Les signes qui orientent
La douleur est le meilleur indice. Celle de la fissure est vive, comparée à une coupure ou à un éclat de verre, déclenchée par le passage de la selle, et elle peut se prolonger pendant plusieurs minutes ou plusieurs heures après. Les hémorroïdes internes, situées dans une zone peu sensible, ne font en général pas mal.
Le saignement se ressemble dans les deux cas : du sang rouge vif, en petite quantité, sur le papier.
La boule, en revanche, est un signe d’hémorroïdes : une boule molle qui sort à l’effort évoque un prolapsus interne, une boule dure et douloureuse apparue brutalement une thrombose externe.
Une nuance à connaître : après plusieurs semaines, une fissure ancienne peut laisser un petit repli de peau à son extrémité. On le confond volontiers avec une hémorroïde, alors qu’il s’agit d’une conséquence de la fissure.
Trois questions pour s’orienter
- La douleur survient-elle surtout au moment de la selle ? Oui pour une fissure, rarement pour des hémorroïdes internes.
- Dure-t-elle après être allé aux toilettes ? Oui pour une fissure, qui peut faire mal pendant des heures.
- Y a-t-il une boule perceptible ? Cela oriente vers les hémorroïdes.
Ces repères orientent, ils ne suffisent pas. D’autres affections donnent des signes voisins : abcès, fistule, infections, plus rarement cancer de l’anus ou du rectum. L’examen dure quelques minutes et ne nécessite aucune préparation. Vous pouvez consulter notre article complet sur le sujet : consultation pour hémorroïdes : comment se passe l’examen ?
Pourquoi la distinction change le traitement
Le socle commun est le même : des selles molles et régulières, avec des fibres, une bonne hydratation et, si besoin, un laxatif doux. C’est la base du traitement de la fissure comme de celui des hémorroïdes. Voir notre article: constipation et hémorroïdes : par où commencer.
Ce qui diffère, c’est la suite. Une fissure demande de rompre le spasme du sphincter et de favoriser la cicatrisation. Le médecin peut prescrire des traitements locaux spécifiques, qui relâchent le muscle, et qui ne s’obtiennent pas en libre accès. Les crèmes classiques contre les hémorroïdes, elles, soulagent parfois l’irritation, mais ne traitent pas la fissure.
Quand la fissure devient chronique, c’est-à-dire lorsqu’elle persiste au-delà de six à huit semaines malgré un traitement bien suivi, un geste chirurgical peut être proposé. Il s’agit d’une intervention courante, aux résultats généralement bons.
À l’inverse, les gestes réservés aux hémorroïdes internes, comme la ligature élastique, n’ont aucun intérêt sur une fissure et seraient douloureux.
Et si j’ai les deux ?
C’est fréquent, car les deux partagent le même facteur déclenchant : la constipation et les efforts de poussée. Il n’y a pas de contradiction à traiter les deux en même temps, mais l’ordre compte : on s’occupe d’abord de ce qui fait le plus mal, en général la fissure, tout en régularisant le transit, qui agit sur l’ensemble.
C’est aussi le cas après un accouchement, période où les deux surviennent régulièrement. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre article sur les hémorroïdes après l’accouchement.
Quand consulter
- une douleur intense au passage de la selle, surtout si elle dure ensuite ;
- un premier saignement, ou un saignement qui change d’aspect ;
- des symptômes qui persistent après une à deux semaines de mesures bien suivies ;
- de la fièvre, un gonflement ou un écoulement, qui évoquent un abcès et nécessitent un avis rapide ;
- plus de 45 ans, ou des antécédents familiaux de cancer colorectal.
À lire aussi : hémorroïdes qui saignent, est-ce grave ?
L’essentiel
Une douleur vive au passage de la selle, prolongée ensuite, évoque une fissure anale. Un saignement indolore ou une boule évoquent plutôt des hémorroïdes. Les deux saignent, les deux se soignent d’abord par des selles molles, mais la fissure demande un traitement spécifique, prescrit par un médecin. Devant une douleur qui dure, mieux vaut faire examiner la zone que multiplier les crèmes achetées au hasard. Pour choisir un traitement local en attendant, vous pouvez lire notre article : quelle crème pour hémorroïdes choisir.
Questions fréquentes
Comment savoir si c’est une fissure ou des hémorroïdes ?
La douleur oriente : vive au passage de la selle et persistante ensuite pour une fissure, absente ou modérée pour des hémorroïdes internes. Une boule oriente vers les hémorroïdes. Seul un examen permet de confirmer.
Une fissure anale guérit-elle toute seule ?
Une fissure récente cicatrise souvent en quelques semaines si les selles sont molles et la douleur soulagée. Au-delà de six à huit semaines, elle est considérée comme chronique et nécessite une prise en charge adaptée.
Les crèmes contre les hémorroïdes soignent-elles une fissure ?
Non. Elles peuvent apaiser l’irritation, mais ne traitent pas la fissure elle-même. Celle-ci relève de traitements prescrits par un médecin, qui agissent sur le spasme du sphincter et la cicatrisation.
Peut-on avoir une fissure et des hémorroïdes en même temps ?
Oui, c’est fréquent, car les deux ont le même déclencheur : la constipation et les efforts de poussée. On traite alors les deux, en commençant par ce qui fait le plus mal.
Sources
- Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP) : Recommandations pour la pratique clinique sur le traitement de la maladie hémorroïdaire
- SNFCP, La Revue Colo-Proctologie : La maladie hémorroïdaire
- VIDAL : Recommandations Hémorroïdes
- SNFCP : recommandations sur la prise en charge de la fissure anale
