En bref. Régulariser le transit est la mesure la mieux démontrée contre les crises hémorroïdaires : une revue Cochrane montre qu’un apport en fibres réduit d’environ moitié les saignements et les récidives. Commencez par les fibres et l’eau, ajoutez un laxatif doux si besoin, et changez trois habitudes : ne pas se retenir, ne pas s’attarder aux toilettes, ne pas forcer.
C’est le conseil le moins spectaculaire de tous, et de loin le plus efficace. Les crèmes soulagent une crise, les veinotoniques aussi, mais rien ne prévient les récidives comme des selles molles et régulières.
Pour une vue d’ensemble, lire Crise hémorroïdaire : que faire dans les 48 premières heures.
Pourquoi la constipation déclenche les crises
Des selles dures obligent à pousser. Cet effort augmente brutalement la pression dans la région anale, congestionne les coussins hémorroïdaires et les fait glisser vers le bas. Le passage d’une selle dure suffit par ailleurs à faire saigner une muqueuse fragilisée.
Le cercle s’installe vite : la douleur fait redouter le passage aux toilettes, on se retient, les selles stagnent et durcissent, et l’effort suivant est pire. C’est ce cercle qu’il faut casser en premier.
Êtes-vous vraiment constipé ?
La fréquence compte moins qu’on ne le croit : aller à la selle trois fois par jour ou trois fois par semaine peut être normal. On parle de constipation devant des selles peu fréquentes, dures, difficiles à évacuer, avec des efforts de poussée ou une sensation de vidange incomplète.
Un repère utile : si vous devez pousser fort, ou si vous passez plus de cinq minutes aux toilettes, votre transit mérite d’être travaillé, même si vous allez à la selle tous les jours.
Les quatre leviers, dans l’ordre
1. Les fibres, progressivement
Les fibres retiennent l’eau et rendent les selles plus volumineuses et plus molles. On les trouve dans les légumes, les fruits, les légumineuses, les céréales complètes, les fruits secs.
Le point important est la progressivité : augmenter les fibres d’un coup provoque ballonnements et gaz, ce qui fait souvent abandonner. Augmentez sur deux à trois semaines, et buvez davantage en parallèle, sans quoi l’effet peut s’inverser.
2. L’eau
Sans hydratation suffisante, les fibres ne servent à rien. Répartissez les boissons sur la journée plutôt que d’en avaler beaucoup d’un coup. Les eaux riches en magnésium ont un léger effet laxatif, utile chez certaines personnes.
3. Les laxatifs, quand l’alimentation ne suffit pas
Les laxatifs de lest, à base d’ispaghul ou de psyllium, sont les plus proches d’un apport en fibres. Ils agissent en un à trois jours et peuvent s’utiliser au long cours. Ils demandent de bien boire.
Les laxatifs osmotiques, comme les macrogols, retiennent l’eau dans l’intestin et ramollissent les selles. Ils sont bien tolérés et souvent utilisés en pratique.
Les laxatifs stimulants, à base de séné ou de bourdaine, sont à réserver à un usage ponctuel : ils irritent la muqueuse et aggravent souvent l’inconfort en cas de maladie hémorroïdaire.
Les suppositoires à visée évacuatrice, eux, ne traitent pas la cause et ne doivent pas devenir une habitude. En cas de doute sur le produit adapté à votre situation, demandez conseil en pharmacie.
4. Les habitudes, souvent décisives
- Ne pas se retenir. Repousser l’envie déshydrate les selles et émousse le réflexe naturel.
- Profiter du réflexe qui suit les repas. L’envie survient souvent dans la demi-heure qui suit le petit-déjeuner : c’est le meilleur moment pour se présenter aux toilettes.
- Cinq minutes maximum, sans téléphone. Si rien ne vient, se relever et revenir plus tard.
- Surélever les pieds avec un petit marchepied : cette position ouvre l’angle du rectum et réduit l’effort nécessaire.
- Bouger chaque jour. Une vingtaine de minutes de marche stimulent le transit. Voir sédentarité et hémorroïdes.

Les médicaments qui constipent
Certains traitements ralentissent le transit et expliquent parfois l’apparition des symptômes : les antidouleurs à base d’opioïdes, dont la codéine et le tramadol, certains antiacides et plusieurs médicaments du système nerveux. Le fer mérite une précision, car toutes ses formes ne se valent pas : les sels classiques, comme le sulfate ou le fumarate, provoquent fréquemment constipation et inconfort digestif, tandis que le bisglycinate de fer est généralement mieux toléré. Si une supplémentation vous constipe, il vaut donc mieux en parler que l’arrêter, car changer de forme est souvent possible.
Si vos crises ont commencé après l’introduction d’un traitement, parlez-en : il existe souvent une alternative, ou un laxatif à associer d’emblée. C’est fréquent après un accouchement, où la supplémentation en fer et les antalgiques se cumulent à un transit déjà ralenti. Vous pouvez consulter notre article sur les hémorroïdes après l’accouchement.
Pendant la grossesse
La constipation est très fréquente pendant la grossesse, et c’est précisément ce qu’il faut traiter en priorité. Les laxatifs de lest et les laxatifs osmotiques sont utilisables. Le détail figure dans l’article hémorroïdes et grossesse : ce qui est possible.
Combien de temps avant de voir un effet ?
Les laxatifs de lest et osmotiques agissent en un à trois jours. L’effet sur les symptômes hémorroïdaires, lui, se juge sur plusieurs semaines : c’est la régularité qui compte, pas la performance d’un matin. Sur les délais des crises elles-mêmes, voir combien de temps durent les hémorroïdes.
Quand consulter
Une constipation banale se corrige avec les mesures ci-dessus. Consultez si :
- votre transit a changé récemment sans raison, surtout après 45 ans ;
- vous alternez constipation et diarrhée, ou vos selles deviennent plus fines ;
- vous saignez, êtes fatigué ou avez maigri sans raison ;
- la constipation résiste malgré plusieurs semaines de mesures bien suivies ;
- vous ressentez des douleurs abdominales importantes.
À lire aussi : hémorroïdes qui saignent, est-ce grave ?
L’essentiel
Traiter la constipation est la seule mesure dont l’effet préventif est démontré sur les crises hémorroïdaires. Augmentez les fibres progressivement, buvez suffisamment, ajoutez un laxatif de lest ou osmotique si nécessaire, et évitez les laxatifs stimulants. Les habitudes comptent autant que les produits : ne pas se retenir, profiter du réflexe qui suit les repas, cinq minutes aux toilettes et un marchepied sous les pieds.
Questions fréquentes
Quel laxatif choisir quand on a des hémorroïdes ?
Un laxatif de lest (ispaghul, psyllium) ou un laxatif osmotique de type macrogol. Les laxatifs stimulants à base de séné ou de bourdaine irritent et sont à réserver à un usage ponctuel.
Les fibres peuvent-elles aggraver les symptômes ?
Augmentées trop vite ou sans boire assez, elles provoquent ballonnements et inconfort. Augmentez-les sur deux à trois semaines et buvez régulièrement.
Un marchepied aux toilettes sert-il vraiment à quelque chose ?
Surélever les pieds rapproche la position de l’accroupissement, ouvre l’angle du rectum et réduit l’effort de poussée. C’est simple, gratuit et sans inconvénient.
En combien de temps le transit se régularise-t-il ?
Les laxatifs agissent en un à trois jours, mais l’effet sur les crises se juge sur plusieurs semaines de régularité.
Sources
- Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP) : Recommandations pour la pratique clinique sur le traitement de la maladie hémorroïdaire
- SNFCP, La Revue Colo-Proctologie : Le traitement médical de la pathologie hémorroïdaire (2026)
- Perera N. et coll. : Cochrane Database of Systematic Reviews, revue des traitements de la maladie hémorroïdaire
- VIDAL : Recommandations Hémorroïdes
