En bref. L’opération ne concerne qu’une minorité de personnes : celles dont les symptômes persistent malgré le traitement du transit et les gestes réalisés en consultation, ou dont les hémorroïdes restent extériorisées. Plusieurs techniques existent, avec un compromis constant entre douleur post-opératoire et risque de récidive. La convalescence va de quelques jours à plusieurs semaines selon la méthode.
C’est souvent le mot qui inquiète le plus, et celui sur lequel circulent les récits les plus effrayants. La réalité est plus nuancée : la chirurgie est rarement nécessaire, elle est efficace, et toutes les techniques ne se ressemblent pas.
Pour une vue d’ensemble, vous pouvez lire notre article : Hémorroïdes : symptômes, causes et ce qu’il faut savoir.
Ce qui vient avant la chirurgie
La prise en charge suit un ordre. On opère rarement d’emblée, et jamais sans avoir essayé les étapes précédentes.
Le traitement du transit reste la base, y compris après une opération. Des selles molles et régulières évitent la récidive et facilitent la cicatrisation. Voir notre article constipation et hémorroïdes : par où commencer.
Les traitements médicaux, locaux et par voie orale, soulagent les crises sans traiter la cause. Voir nos articles : quelle crème pour hémorroïdes choisir et veinotoniques et hémorroïdes.
Les gestes réalisés en consultation viennent ensuite : ligature élastique, injection sclérosante, photocoagulation infrarouge. Rapides, sans anesthésie générale, ils s’adressent aux hémorroïdes internes des premiers stades et évitent la chirurgie à beaucoup de patients. Voir notre article : comment se passe la consultation.
Quand l’opération est proposée ?
L’opération sera proposée dans les cas suivants:
- des hémorroïdes qui restent extériorisées en permanence, ou qui doivent être repoussées à chaque fois ;
- des saignements répétés qui résistent aux traitements, surtout s’ils retentissent sur le taux de fer ;
- des crises fréquentes et invalidantes malgré une prise en charge bien conduite ;
- l’échec des gestes réalisés en consultation.
C’est donc la gêne vécue, et non le seul stade anatomique, qui guide la décision. Une hémorroïde de stade 3 bien tolérée ne s’opère pas forcément.
Les principales techniques
L’hémorroïdectomie
Le chirurgien retire les paquets hémorroïdaires. C’est la technique de référence, la plus ancienne et la mieux évaluée, avec le taux de récidive le plus bas.
Sa contrepartie est connue : les suites opératoires sont douloureuses, car les plaies se situent dans une zone très sensible et cicatrisent à l’air libre pendant plusieurs semaines.
L’anopexie par agrafage
Plutôt que de retirer les hémorroïdes, le chirurgien retire un anneau de muqueuse situé plus haut, dans une zone peu sensible, ce qui remonte et repositionne les coussins hémorroïdaires.
Les suites sont nettement moins douloureuses et la reprise d’activité plus rapide. En contrepartie, le risque de récidive à long terme est plus élevé qu’avec l’hémorroïdectomie.
La ligature des artères sous contrôle Doppler
Une sonde repère les artères qui alimentent les hémorroïdes, que le chirurgien ligature, souvent en y associant un remodelage qui remonte le tissu descendu. Il n’y a pas d’ablation, donc peu de douleurs.
Là encore, la récidive est plus fréquente qu’avec l’ablation classique.
D’autres approches existent, notamment au laser. Elles sont séduisantes sur le papier, mais leur recul est plus limité : demandez au chirurgien sur quelles données il s’appuie.
Le choix dépend du stade, des symptômes dominants, de votre mode de vie et de l’expérience du chirurgien. Le compromis est toujours le même : moins de douleur immédiate contre un risque de récidive plus élevé.
Comment se déroule l’intervention
L’opération se pratique le plus souvent en ambulatoire, avec une sortie le jour même, sous anesthésie générale ou loco-régionale selon les cas. L’intervention elle-même dure généralement moins d’une heure.
Une consultation avec un anesthésiste précède l’opération. Signalez-y vos traitements, en particulier les anticoagulants et les antiagrégants, qui demandent une adaptation du protocole pré opératoire.
Les suites et la convalescence
La douleur est le principal sujet, surtout après une hémorroïdectomie. Elle est maximale les premiers jours, puis diminue progressivement. Le traitement antalgique est prescrit d’emblée. Prenez-le systématiquement plutôt que d’attendre d’avoir mal.
La première selle est souvent redoutée. C’est précisément pourquoi un laxatif est prescrit : des selles molles rendent ce passage bien plus supportable et protègent la cicatrisation.
Les soins locaux sont simples : douches ou douchettes après chaque selle, séchage en tamponnant, pas de produit agressif.
La cicatrisation demande plusieurs semaines après une hémorroïdectomie, moins après les autres techniques. Des saignements légers pendant cette période sont courants.
L’arrêt de travail varie selon la technique et le métier : de quelques jours à plusieurs semaines. Parlez-en avant l’intervention, pour organiser votre activité.
Les risques
Comme toute chirurgie, celle-ci comporte des risques, rares mais à connaître : saignement post-opératoire, difficulté à uriner dans les premières heures, infection, rétrécissement du canal anal, et, exceptionnellement, troubles de la continence. Le chirurgien vous les détaillera, et la consultation vous permettra de poser vos questions.
Prise en charge
L’intervention est un acte médical pris en charge par l’Assurance maladie, contrairement aux traitements locaux et aux veinotoniques. Des dépassements d’honoraires sont possibles selon le praticien et l’établissement : demandez un devis avant, votre complémentaire santé en aura besoin.
Après l’opération, consultez sans attendre si
- le saignement devient abondant ;
- vous n’arrivez plus à uriner ;
- vous avez de la fièvre ;
- la douleur augmente au lieu de diminuer après les premiers jours.
L’essentiel
L’opération des hémorroïdes concerne une minorité de patients, après échec des mesures de transit, des traitements médicaux et des gestes réalisés en consultation. L’hémorroïdectomie est la plus efficace sur le long terme mais la plus douloureuse ; l’anopexie et la ligature des artères sont mieux supportées mais récidivent davantage.
La convalescence se prépare en amont. Et après l’opération comme avant, c’est le transit qui protège de la récidive.
Questions fréquentes
L’opération des hémorroïdes est-elle très douloureuse ?
Après une hémorroïdectomie, les suites sont douloureuses les premiers jours, puis s’améliorent progressivement. Les techniques sans ablation, comme l’anopexie ou la ligature des artères, sont nettement mieux supportées.
Combien de temps faut-il pour s’en remettre ?
De quelques jours à plusieurs semaines selon la technique et le métier exercé. La cicatrisation complète après une hémorroïdectomie demande plusieurs semaines.
Les hémorroïdes peuvent-elles revenir après l’opération ?
Oui, surtout avec les techniques sans ablation, et d’autant plus si la constipation persiste. Régulariser durablement le transit reste la meilleure protection.
L’opération est-elle remboursée ?
Oui, il s’agit d’un acte pris en charge par l’Assurance maladie, à la différence des crèmes et des veinotoniques. Des dépassements d’honoraires restent possibles : demandez un devis.
Sources
- Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP) : Recommandations pour la pratique clinique sur le traitement de la maladie hémorroïdaire
- FMC-HGE : Prise en charge de la maladie hémorroïdaire, recommandations européennes de l’ESCP
- SNFCP, La Revue Colo-Proctologie : La maladie hémorroïdaire
- VIDAL : Recommandations Hémorroïdes
