En bref. Les traitements locaux soulagent réellement pendant une crise et sont recommandés à ce titre. Ils ne font pas disparaître les hémorroïdes et ne remplacent pas le traitement du transit. Le choix dépend du symptôme principal (douleur, inflammation ou irritation au passage des selles) et l’utilisation doit se limiter à quelques jours.
Devant le rayon, une dizaine de boîtes se ressemblent, avec des noms et des compositions qui ne disent pas grand-chose. Voici comment s’y retrouver.
Pour une vue d’ensemble, lire Crise hémorroïdaire : que faire dans les 48 premières heures.
Ce qu’on peut en attendre
Ces produits soulagent la douleur, l’inflammation, les démangeaisons et la gêne au passage des selles. Leur effet est réel, et les recommandations les proposent dans les poussées aiguës.
En revanche, ils ne font pas régresser une hémorroïde, ne corrigent pas un prolapsus et n’empêchent pas la crise suivante. Soulager pendant les quelques jours d’une crise reste un objectif tout à fait légitime, mais il faut le savoir pour ne pas être déçu.
Les trois grandes familles
Les protecteurs et lubrifiants
Ils contiennent des carraghénates (extraits d’algues), de l’oxyde de zinc, du dioxyde de titane, parfois des huiles ou des corps gras. Ils forment un film protecteur, facilitent le passage des selles et apaisent l’irritation. Sans substance active puissante, ce sont les plus simples et les mieux tolérés.
Plutôt indiqués quand la gêne principale est une irritation ou une sensation de brûlure à la selle, ou quand on cherche le produit le plus neutre possible. C’est aussi la famille souvent privilégiée pendant la grossesse et l’allaitement.
Les anesthésiques locaux
À base de lidocaïne, de pramocaïne ou de molécules apparentées, ils insensibilisent la zone et agissent rapidement sur la douleur.
Plutôt indiqués quand la douleur domine, notamment en cas de thrombose.
Précaution : ils peuvent provoquer une allergie de contact, d’autant plus qu’ils sont appliqués longtemps sur une peau abîmée. Si les démangeaisons augmentent au lieu de diminuer, arrêtez-les et parlez-en à votre pharmacien : le produit lui-même entretient parfois le problème.
Les corticoïdes
Souvent associés à un anesthésique dans la même formule, ils réduisent l’inflammation et l’œdème et sont efficaces sur une crise très inflammatoire.
Plutôt indiqués quand la zone est très gonflée et que les autres produits ne suffisent pas.
Précaution : ce sont les produits qui demandent le plus de rigueur. Appliqués trop longtemps, ils fragilisent et amincissent la peau de cette région, déjà fine. Ils s’utilisent quelques jours, pas plusieurs semaines.
Crème ou suppositoire ?
Le choix de la forme dépend de l’endroit à traiter.
La crème ou la pommade s’applique sur la marge anale et à l’entrée du canal. Elle convient aux hémorroïdes externes, aux thromboses et aux irritations visibles. De nombreuses boîtes contiennent une canule qui permet d’introduire un peu de produit dans le canal anal et d’atteindre les hémorroïdes internes situées bas.
Le suppositoire fond et remonte assez haut dans le rectum. Il peut donc dépasser la zone à traiter et se révèle moins efficace qu’on ne le pense sur les symptômes de la marge anale.
En pratique : la crème pour une douleur externe ou une thrombose, la canule ou le suppositoire pour des hémorroïdes internes qui saignent. Beaucoup de personnes utilisent un suppositoire là où une crème serait plus adaptée.
Bien les utiliser
- Nettoyez la zone à l’eau et au savon doux, puis séchez en tamponnant.
- Appliquez après la selle et au coucher, les deux moments les plus utiles.
- Respectez la fréquence indiquée sur la notice, généralement deux à trois fois par jour.
- Limitez le traitement à quelques jours. Sans amélioration après quatre à sept jours, inutile d’insister : consultez. L’absence d’effet signale soit un diagnostic à revoir, soit une situation qui dépasse ce que ces produits peuvent faire.
L’erreur la plus fréquente
« J’en mets depuis trois mois. » Une utilisation prolongée entretient souvent une irritation chronique, que l’on attribue aux hémorroïdes et qui pousse à continuer le traitement. Ce cercle peut durer des années.
Par ailleurs, des démangeaisons isolées, sans saignement ni boule, ne sont pas un signe d’hémorroïdes et méritent un diagnostic à part entière.
Pendant la grossesse et l’allaitement
Les traitements locaux sont utilisables, mais toutes les formules ne se valent pas selon la période, et le CRAT indique des spécialités à privilégier. Le plus simple est de demander conseil en pharmacie en précisant que vous êtes enceinte ou que vous allaitez. Pour aller plus loin, lire hémorroïdes et grossesse : ce qui est possible.
Prix et remboursement
La plupart de ces produits ne sont pas remboursés, comme les veinotoniques depuis 2008. Comptez généralement entre 5 et 12 euros. Les prix varient sensiblement d’une pharmacie et d’une marque à l’autre pour des compositions parfois très proches : n’hésitez pas à comparer. Sur les traitements par voie orale, lire veinotoniques et hémorroïdes : efficaces ou non ?
L’essentiel
Les traitements locaux soulagent pendant une crise, sans supprimer les hémorroïdes ni prévenir la récidive. Les protecteurs conviennent à l’irritation, les anesthésiques à la douleur, les corticoïdes à l’inflammation marquée. La crème et la canule sont adaptées aux hémorroïdes externes et internes basses, le suppositoire remontant souvent trop haut. Le traitement dure quelques jours ; sans amélioration en une semaine, mieux vaut consulter. Enfin, aucune crème ne compense des selles dures : le transit reste le principal levier.
Questions fréquentes
Quelle crème choisir contre les hémorroïdes ?
Cela dépend du symptôme principal : un protecteur pour l’irritation, un anesthésique local pour la douleur, un corticoïde pour une inflammation marquée. Le pharmacien peut vous orienter en quelques questions.
Crème ou suppositoire : que choisir ?
La crème convient aux hémorroïdes externes et aux thromboses. Pour des hémorroïdes internes qui saignent, on utilise la canule ou le suppositoire, en sachant que ce dernier remonte parfois au-dessus de la zone à traiter.
Combien de temps peut-on utiliser une crème ?
Quelques jours seulement. Sans amélioration après quatre à sept jours, il vaut mieux consulter. Un usage prolongé entretient souvent l’irritation, surtout avec les corticoïdes et les anesthésiques.
Ces crèmes sont-elles remboursées ?
La plupart ne le sont pas. Comptez généralement entre 5 et 12 euros, avec des écarts de prix notables pour des compositions proches.
Sources
- Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP) : Recommandations pour la pratique clinique sur le traitement de la maladie hémorroïdaire
- SNFCP, La Revue Colo-Proctologie : Le traitement médical de la pathologie hémorroïdaire (2026)
- Société européenne de colo-proctologie (ESCP) : Recommandations européennes (2020)
- CRAT, Antihémorroïdaires, grossesse et allaitement, lecrat.fr
- VIDAL Recommandations : Hémorroïdes
