Hémorroïdes et grossesse : ce qui est possible, et ce qui ne l’est pas

Par Charlotte Callon, docteur en pharmacie

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Vous êtes enceinte ou vous venez d’accoucher, vous avez mal, parfois vous saignez, et chaque notice semble dire la même chose : « déconseillé pendant la grossesse », « ne pas utiliser pendant l’allaitement ». On finit par croire qu’il n’y a rien à faire, sinon attendre. C’est inexact, et cet article détaille ce qui est réellement possible.

Un problème très fréquent, dont on parle peu

Selon les études, 8 à 38 % des femmes enceintes sont concernées par des hémorroïdes, et environ une femme sur cinq en souffre dans les jours qui suivent l’accouchement. Dans une salle d’attente de maternité, plusieurs femmes vivent donc la même chose au même moment, souvent sans en parler.

Les spécialistes le reconnaissent eux-mêmes : pendant le suivi de grossesse, l’attention se porte naturellement sur le bébé et sur le périnée, et cette gêne passe au second plan. Elle laisse pourtant à certaines femmes un souvenir plus pénible que l’accouchement lui-même.

Pourquoi maintenant ?

Trois mécanismes s’additionnent pendant la grossesse.

Le poids de l’utérus. En grossissant, il comprime les vaisseaux du bassin et freine le retour du sang. Celui-ci stagne et les coussins vasculaires de l’anus gonflent.

La constipation. Très fréquente pendant la grossesse, en partie à cause des hormones qui ralentissent le transit, elle pousse à forcer aux toilettes. C’est le principal facteur déclenchant.

Les hormones. L’imprégnation hormonale modifie le tonus des veines et favorise la congestion.

Les efforts de poussée de l’accouchement peuvent ensuite déclencher une crise en quelques heures, y compris chez des femmes qui n’avaient rien eu pendant neuf mois. Les symptômes apparaissent donc surtout au troisième trimestre et dans les jours qui suivent la naissance.

Tout n’est pas interdit

En France, la référence sur les médicaments pendant la grossesse et l’allaitement est le CRAT (Centre de référence sur les agents tératogènes). Son site, lecrat.fr, est public et utilisé au quotidien par les médecins, les sages-femmes et les pharmaciens. Ses conclusions sont bien moins restrictives que les notices.

Pourquoi les boîtes affichent « déconseillé »

Une mention de prudence ne signifie pas qu’un risque a été démontré. Le plus souvent, elle indique simplement qu’aucune étude n’a été menée chez la femme enceinte, ce qui est le cas de la plupart des médicaments pour des raisons éthiques évidentes. Le fabricant se couvre, et la patiente reste sans réponse.

Le CRAT, lui, analyse les données réellement disponibles : recul d’utilisation, passage dans l’organisme, effets observés chez les femmes traitées. Ses avis sont donc plus nuancés et plus utiles que les pictogrammes des boîtes, avec lesquels il a d’ailleurs exprimé publiquement son désaccord.

Ce qui est possible

Traiter la constipation en priorité. C’est la mesure la plus efficace et la plus durable. Les laxatifs de lest (fibres douces comme l’ispaghul ou le psyllium) et les laxatifs osmotiques sont utilisables. C’est le premier réflexe, avant tout traitement local.

Les traitements locaux, crèmes et suppositoires. Le CRAT indique des spécialités à privilégier pendant la grossesse et l’allaitement, et toutes ne se valent pas : certaines contiennent un anesthésique ou un corticoïde, d’autres non. Plutôt que de choisir seule dans le rayon, demandez conseil en pharmacie en précisant votre situation. Pour comprendre les différences entre les produits, voir notre guide des crèmes et suppositoires.

Le paracétamol contre la douleur.

Les veinotoniques, en cure courte pendant une crise. La diosmine, notamment, est utilisable chez la femme enceinte ou allaitante selon les recommandations. Leur efficacité reste modeste et discutée : nous y consacrons un article complet sur les veinotoniques.

Une cortisone par voie orale pendant quelques jours, sur prescription médicale, en cas de crise très inflammatoire.

Le froid appliqué localement, sans aucune contre-indication, et réellement efficace sur une thrombose.

Ce qu’il faut éviter

Les anti-inflammatoires comme l’ibuprofène. C’est le point à retenir en priorité. Ils sont déconseillés pendant toute la grossesse et formellement contre-indiqués à partir du sixième mois, car ils peuvent alors provoquer des atteintes graves chez le fœtus. Cette règle s’applique même pour une seule prise, même en automédication et même pour soulager une autre douleur.

Les compléments alimentaires à base de plantes veinotoniques, en particulier le marron d’Inde, très présent dans les produits vendus contre les hémorroïdes. Faute de données suffisantes, il n’est pas recommandé pendant la grossesse et l’allaitement. Lisez toujours la composition.

Les gestes réalisés en consultation, comme la ligature élastique ou les injections, ne se pratiquent pas pendant la grossesse. Ils peuvent attendre.

L’automédication sans avis. Un saignement pendant la grossesse doit être examiné plutôt que traité au hasard.

Après l’accouchement : combien de temps cela dure-t-il ?

C’est la question que posent presque toutes les jeunes mères, et la réponse est plutôt rassurante. Dans la grande majorité des cas, les symptômes s’améliorent spontanément dans les semaines qui suivent la naissance, une fois disparues la pression de l’utérus et l’imprégnation hormonale. Une thrombose, cette boule dure et douloureuse apparue brutalement, se résorbe seule en une à trois semaines.

Les symptômes persistent parfois. Si la gêne reste importante au-delà de six mois, un traitement plus radical peut être envisagé, y compris chirurgical. Ce n’est ni fréquent ni systématique, mais il n’y a aucune raison de la supporter en silence.

En attendant, le post-partum dérègle souvent le transit : douleurs périnéales, appréhension d’aller à la selle, fatigue, repas pris à la hâte. Traiter la constipation reste le levier le plus efficace. Tout ce qui concerne cette période est détaillé dans hémorroïdes après l’accouchement : combien de temps ça dure ?

Quand consulter rapidement

Parlez-en à votre sage-femme, à votre médecin ou à votre gynécologue : c’est une question médicale courante dans leur pratique. Consultez sans tarder en cas de :

  • douleur intense et soudaine ;
  • fièvre ;
  • saignement important ou qui persiste ;
  • absence d’amélioration malgré le traitement ;
  • fatigue inhabituelle.

Pendant la grossesse comme après, un saignement ne doit pas être attribué d’emblée aux hémorroïdes. La fissure anale, par exemple, est elle aussi très fréquente après un accouchement. Seul un examen, simple et rapide, permet de faire la différence. Pour en savoir plus : hémorroïdes qui saignent, quand s’inquiéter.

Les gestes qui aident au quotidien

  • Boire suffisamment et augmenter les fibres progressivement, pour éviter les ballonnements.
  • Ne pas s’attarder aux toilettes : cinq minutes suffisent, sans téléphone.
  • Ne pas se retenir quand l’envie se présente.
  • Marcher un peu chaque jour.
  • Pendant une crise, appliquer du froid quelques minutes, enveloppé dans un linge.
  • Alléger l’hygiène : de l’eau, un savon doux, ni lingettes parfumées ni frottements. Une toilette trop fréquente irrite et entretient les démangeaisons.

L’essentiel

Les hémorroïdes concernent jusqu’à une femme enceinte sur trois et une femme sur cinq après l’accouchement. Le traitement de la constipation, les traitements locaux conseillés en pharmacie, le paracétamol et les veinotoniques en cure courte sont possibles. Les anti-inflammatoires sont à proscrire, absolument à partir du sixième mois, tout comme les compléments à base de marron d’Inde. Dans la plupart des cas, tout rentre dans l’ordre après la naissance ; si ce n’est pas le cas au bout de six mois, des solutions existent.

Questions fréquentes

Peut-on utiliser une crème contre les hémorroïdes enceinte ?

Oui. Certains traitements locaux sont utilisables pendant la grossesse et l’allaitement, et le CRAT indique les spécialités à privilégier. Demandez conseil en pharmacie en précisant que vous êtes enceinte.

L’ibuprofène est-il autorisé pendant la grossesse ?

Non. Les anti-inflammatoires sont déconseillés pendant toute la grossesse et formellement contre-indiqués à partir du sixième mois, même pour une seule prise. Le paracétamol est l’antidouleur à privilégier.

Les hémorroïdes disparaissent-elles après l’accouchement ?

Dans la grande majorité des cas, elles s’améliorent en quelques semaines. Une thrombose se résorbe en une à trois semaines. Si la gêne persiste au-delà de six mois, un traitement plus poussé peut être envisagé.

Peut-on prendre des veinotoniques en allaitant ?

La diosmine est utilisable en cure courte pendant la grossesse et l’allaitement. Les compléments à base de marron d’Inde sont en revanche à éviter.

Sources

  • CRAT, Centre de référence sur les agents tératogènes : fiches Antihémorroïdaires, Veinotoniques et Laxatifs (grossesse et allaitement), lecrat.fr
  • Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP) : Hémorroïdes et grossesse
  • SNFCP, La Revue Colo-Proctologie : Le traitement médical de la pathologie hémorroïdaire (2026)
  • VIDAL Recommandations : Hémorroïdes

L’autrice

Charlotte Callon est docteur en pharmacie. Elle rédige et vérifie l’ensemble des contenus du site à partir des recommandations des sociétés savantes et des références officielles en pharmacologie.

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Cet article informe. Il ne remplace pas l’avis de votre médecin, de votre sage-femme ou de votre pharmacien, qui connaissent votre situation.