Crise hémorroïdaire : que faire dans les 48 premières heures

Par Charlotte Callon, docteur en pharmacie

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En bref. Appliquez du froid, prenez du paracétamol, ramollissez les selles dès aujourd’hui, évitez de rester longtemps assis et de vous attarder aux toilettes. Un traitement local conseillé en pharmacie complète utilement ces mesures. Une poussée simple s’améliore en quelques jours ; une thrombose met une à trois semaines à disparaître.

Consultez sans attendre si la douleur est insupportable, en cas de fièvre ou de saignement abondant.

Vous avez mal et vous cherchez quoi faire maintenant. Le plan d’action vient d’abord, les explications ensuite.

Identifier ce qui se passe

L’expression « crise hémorroïdaire » recouvre trois situations, qui ne se soulagent pas tout à fait de la même manière.

Une douleur vive et soudaine avec une boule dure au bord de l’anus. Apparue en quelques heures, sensible au toucher, parfois bleutée, elle correspond probablement à une thrombose : un caillot s’est formé dans une hémorroïde externe. C’est très douloureux mais sans gravité, et c’est la cause la plus fréquente de douleur intense.

Du sang, sans douleur particulière. Il s’agit plutôt d’une poussée d’hémorroïdes internes. C’est impressionnant, mais cela répond bien au traitement du transit.

Une boule molle qui sort pendant l’effort. Une hémorroïde interne descend. Elle peut remonter seule, ou être repoussée doucement avec un doigt propre et lubrifié.

Dans les trois cas, les mesures qui suivent s’appliquent. Pour comprendre les mécanismes, lire Hémorroïdes : symptômes, causes et ce qu’il faut savoir.

Les cinq gestes des 48 premières heures

1. Appliquer du froid

C’est la mesure la plus rapide et la plus efficace sur la douleur, en particulier en cas de thrombose. Une poche de froid, ou un sachet de légumes surgelés, toujours enveloppé dans un linge fin et jamais au contact direct de la peau : dix minutes, plusieurs fois par jour. Le froid réduit l’œdème et engourdit la zone, sans effet indésirable.

2. Prendre un antidouleur

Le paracétamol est le traitement de première intention, aux doses habituelles. Les anti-inflammatoires comme l’ibuprofène sont utiles sur une crise, pendant quelques jours seulement. Ils ne conviennent pas à tout le monde et sont déconseillés pendant toute la grossesse, puis contre-indiqués à partir du sixième mois. En cas de doute, demandez à votre pharmacien.

3. Ramollir les selles dès aujourd’hui

C’est le geste le plus souvent négligé, et pourtant celui qui change le plus la suite. Pendant une crise, chaque selle dure entretient l’inflammation et relance les saignements : il faut rompre ce cercle tout de suite, sans attendre d’avoir revu son alimentation.

En pratique, un laxatif doux disponible en pharmacie (fibres de type psyllium ou ispaghul, ou laxatif osmotique) et une bonne hydratation. Ces produits agissent en un à trois jours. Les laxatifs stimulants, à base de séné ou de bourdaine par exemple, irritent et aggravent souvent la situation : mieux vaut les éviter.

4. Utiliser un traitement local

Crèmes et suppositoires soulagent réellement pendant une crise. Certains contiennent un anesthésique local, d’autres un corticoïde, d’autres aucun des deux. Faites-vous conseiller en pharmacie plutôt que de choisir au hasard, et limitez l’usage à quelques jours : utilisés pendant des semaines, ces produits entretiennent des démangeaisons et des irritations que l’on finit par attribuer aux hémorroïdes.

Si vous êtes enceinte ou allaitez, certains produits sont à privilégier. Pour choisir, voir quelle crème ou quel suppositoire utiliser.

5. Bouger, et ne pas s’attarder aux toilettes

Évitez de rester assis pendant des heures : levez-vous régulièrement et marchez quelques minutes, car la position assise prolongée entretient la congestion. Aux toilettes, cinq minutes suffisent, sans téléphone ni lecture. Rester assis à pousser fait partie des principaux facteurs déclenchants, et c’est aussi le plus facile à corriger. Enfin, n’attendez pas quand l’envie se présente : se retenir durcit les selles.

Ce qu’il vaut mieux éviter

Percer soi-même une thrombose. Ce geste existe, mais il est réalisé par un médecin dans de bonnes conditions. Le tenter seul expose à une infection et à un saignement difficile à arrêter.

Les lingettes du commerce. La plupart contiennent des conservateurs, des parfums ou de l’alcool qui irritent une peau déjà fragilisée, et sont une cause fréquente de démangeaisons persistantes. Si vous en utilisez, choisissez-les sans parfum ni alcool, avec une composition courte, et tamponnez sans frotter.

Les lavages répétés et les frottements. L’excès d’hygiène entretient les symptômes. De l’eau, un savon doux et un séchage en tamponnant suffisent.

Prolonger un traitement local pendant des semaines en espérant que cela finisse par passer.

Tout mettre sur le compte des hémorroïdes. Un saignement nouveau ou qui s’installe doit être examiné. À ce sujet : hémorroïdes qui saignent, est-ce grave ?

Et le bain de siège ?

Un bain de siège tiède de cinq à dix minutes apaise de nombreuses personnes. Les preuves scientifiques restent limitées, mais le geste est sans risque. Utilisez de l’eau tiède plutôt que chaude, sans rien ajouter : ni antiseptique, ni huile essentielle, ni bicarbonate. Sur une thrombose douloureuse, le froid reste plus efficace ; le bain tiède convient mieux aux tensions et aux spasmes.

Quand consulter

Sans attendre

  • douleur insupportable, qui empêche de dormir ou de s’asseoir ;
  • fièvre ;
  • saignement abondant, avec des caillots ;
  • impossibilité d’uriner ;
  • hémorroïde sortie qui ne rentre plus et devient très douloureuse.

Une thrombose très douloureuse peut être incisée par un médecin, ce qui soulage rapidement. Ce geste n’est pas systématique et présente surtout un intérêt dans les tout premiers jours : ne tardez pas si vous êtes dans ce cas.

Dans les jours qui suivent

  • si rien ne s’améliore après quatre à sept jours de traitement bien suivi ;
  • si les crises reviennent régulièrement ;
  • s’il s’agit d’une première crise et qu’aucun diagnostic n’a jamais été posé.

Combien de temps dure une crise ?

Une poussée simple s’améliore généralement en quelques jours avec les mesures ci-dessus.

Une thrombose évolue en deux temps. La douleur culmine dans les 48 à 72 premières heures, puis diminue nettement. La boule, elle, met une à trois semaines à se résorber et laisse parfois un petit repli de peau indolore, sans conséquence. Il est donc normal de sentir encore quelque chose alors que la douleur a disparu. Le détail des délais, selon les situations, figure dans combien de temps durent les hémorroïdes.

Après la crise : éviter la suivante

Une fois la crise passée, les causes restent en place, et la suivante arrivera si rien ne change. Trois leviers comptent, par ordre d’efficacité : régulariser durablement le transit (fibres, eau, horaires réguliers), réduire le temps passé assis, surtout aux toilettes, et bouger un peu chaque jour. Sur le deuxième point, lire sédentarité et hémorroïdes : ce que la position assise change vraiment.

L’essentiel

Pendant les 48 premières heures : froid, paracétamol, selles ramollies, traitement local quelques jours, et le moins de temps possible en position assise. Pas de lingettes parfumées, pas de frottement, pas de laxatif stimulant, et jamais de thrombose percée soi-même. La douleur d’une thrombose culmine en trois jours ; la boule disparaît en une à trois semaines. Consultez sans attendre en cas de douleur insupportable, de fièvre ou de saignement abondant, et dans tous les cas s’il s’agit d’une première crise. La crise se soulage avec des traitements, mais elle se prévient par le transit.

Questions fréquentes

Comment soulager rapidement une crise d’hémorroïdes ?

Appliquez du froid enveloppé dans un linge, prenez du paracétamol, ramollissez les selles avec un laxatif doux et limitez le temps passé assis. Un traitement local conseillé en pharmacie complète ces mesures.

Chaud ou froid : que faut-il appliquer ?

Le froid est le plus efficace sur une thrombose douloureuse. Un bain de siège tiède, sans produit ajouté, convient plutôt aux tensions et aux spasmes.

Combien de temps dure une thrombose hémorroïdaire ?

La douleur est maximale pendant les 48 à 72 premières heures, puis diminue nettement. La boule met une à trois semaines à se résorber.

Quand faut-il consulter sans attendre ?

En cas de douleur insupportable, de fièvre, de saignement abondant avec caillots, d’impossibilité d’uriner ou d’hémorroïde sortie qui ne rentre plus. Consultez aussi s’il s’agit d’une première crise.

Sources

  • Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP) : Recommandations pour la pratique clinique sur le traitement de la maladie hémorroïdaire
  • SNFCP, La Revue Colo-Proctologie : Le traitement médical de la pathologie hémorroïdaire (2026)
  • Société européenne de colo-proctologie (ESCP) : Recommandations européennes (2020)
  • CRAT, Centre de référence sur les agents tératogènes, lecrat.fr
  • VIDAL Recommandations : Hémorroïdes

L’autrice

Charlotte Callon est docteur en pharmacie. Elle rédige et vérifie l’ensemble des contenus du site à partir des recommandations des sociétés savantes et des références officielles en pharmacologie.

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