Hémorroïdes : symptômes, causes et ce qu’il faut savoir

Par Charlotte Callon, docteur en pharmacie

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Le mot fait sourire ou gêne, et pourtant il désigne une réalité très banale. Tout le monde a des hémorroïdes : ce qui pose problème, c’est le moment où elles se mettent à gonfler, à saigner ou à faire mal. Cet article explique ce qui se passe, comment le reconnaître et ce que l’on peut faire.

En bref. Les hémorroïdes sont des coussins vasculaires normaux, situés dans le canal anal. On parle de maladie hémorroïdaire lorsqu’elles provoquent des symptômes : saignement rouge vif, boule qui sort, douleur, gêne. La constipation et les efforts de poussée en sont les principaux déclencheurs. Le traitement repose d’abord sur la régulation du transit ; les gestes spécialisés et la chirurgie concernent une minorité de personnes. Tout saignement doit être examiné une première fois par un médecin.

Des structures normales, présentes chez tout le monde

Dans le canal anal se trouvent de petits coussins très riches en vaisseaux sanguins, soutenus par un réseau de fibres. Ce sont les hémorroïdes. Elles font partie de l’anatomie normale et participent à la fermeture fine de l’anus, en complément des sphincters.

Dans le langage courant, « avoir des hémorroïdes » signifie en réalité souffrir de la maladie hémorroïdaire : ces coussins se congestionnent, glissent vers l’extérieur ou forment un caillot, et deviennent alors source de symptômes. C’est cette situation, très fréquente et bénigne, que traitent les articles de ce site.

Hémorroïdes internes et externes

On distingue deux groupes, selon leur position par rapport à une ligne de repère située à l’intérieur du canal anal.

Les hémorroïdes internes sont situées plus haut, sous la muqueuse du canal anal. Cette zone est très peu sensible à la douleur : elles se manifestent surtout par des saignements et, lorsqu’elles descendent, par une boule qui sort pendant l’effort.

Les hémorroïdes externes se trouvent sous la peau, au bord de l’anus. Cette région est au contraire très innervée. Elles passent souvent inaperçues, jusqu’au jour où un caillot s’y forme : c’est la thrombose hémorroïdaire, brutale et douloureuse, mais sans gravité.

Les symptômes

Ils varient d’une personne à l’autre, et d’une période à l’autre chez la même personne. La maladie évolue le plus souvent par poussées, entrecoupées de périodes calmes.

Le saignement. C’est le signe le plus fréquent : du sang rouge vif en fin de selle, sur le papier ou dans la cuvette, non mélangé aux selles et souvent indolore. Il n’est pas grave en lui-même, mais d’autres maladies donnent exactement le même signe. Pour faire la part des choses, lire hémorroïdes qui saignent : est-ce grave ?

La boule qui sort. Une hémorroïde interne peut glisser hors de l’anus pendant la selle. Elle remonte seule, doit être repoussée avec le doigt, ou reste à l’extérieur selon le stade.

La douleur. Les hémorroïdes internes font rarement mal. Une douleur vive et soudaine, avec une boule dure et sensible au bord de l’anus, évoque plutôt une thrombose externe. Une douleur intense au passage de la selle, comme une coupure, fait penser à une fissure anale, qui est une autre affection.

La gêne et les suintements. Sensation de pesanteur ou de corps étranger, humidité, petites salissures. Les démangeaisons qui accompagnent ces suintements sont fréquentes ; en revanche, des démangeaisons isolées, sans saignement ni boule, relèvent généralement d’une autre cause.

Les quatre stades des hémorroïdes internes

Les médecins classent les hémorroïdes internes selon leur degré de descente. Ce classement aide à choisir le traitement.

  • Stade 1 : les hémorroïdes restent dans le canal anal et ne sortent pas.
  • Stade 2 : elles sortent pendant l’effort et remontent spontanément.
  • Stade 3 : elles sortent et doivent être repoussées avec le doigt.
  • Stade 4 : elles restent en permanence à l’extérieur.

Le stade ne dit pas tout : une hémorroïde de stade 1 peut saigner beaucoup, et un stade 3 peut être bien toléré. C’est la gêne ressentie qui guide la décision de traiter.

Pourquoi elles deviennent gênantes

Il n’y a généralement pas une cause unique, mais une combinaison de facteurs qui augmentent la pression dans la région anale ou fragilisent le tissu de soutien des coussins.

La constipation et les efforts de poussée arrivent en tête. Des selles dures obligent à pousser, ce qui congestionne les coussins et les fait glisser vers le bas. Les diarrhées répétées sont, elles aussi, un facteur favorisant.

Le temps passé aux toilettes compte davantage qu’on ne le pense. Rester longtemps assis sur la cuvette, souvent avec son téléphone, exerce une forte pression sur la zone. Limiter ce temps fait partie des recommandations.

La grossesse et l’accouchement réunissent plusieurs facteurs : poids de l’utérus, hormones, constipation, efforts de poussée. C’est l’une des périodes où les crises sont les plus fréquentes. Voir hémorroïdes et grossesse : ce qui est possible.

La sédentarité agit surtout en ralentissant le transit. Pour le détail, lire sédentarité et hémorroïdes : ce que la position assise change vraiment.

L’âge joue également : avec les années, les tissus qui maintiennent les coussins en place perdent de leur tenue, ce qui explique que la maladie devienne plus fréquente avec le temps.

Les efforts intenses en bloquant la respiration, comme le port de charges lourdes, augmentent brutalement la pression abdominale et peuvent déclencher une crise chez les personnes sensibles.

Quelques idées reçues

« Les hémorroïdes peuvent se transformer en cancer. » Non. En revanche, un cancer du rectum ou de l’anus peut provoquer des saignements semblables : c’est pour cette raison qu’un saignement doit être examiné, et non attribué d’office aux hémorroïdes.

« Ce sont les épices qui les provoquent. » Les données disponibles ne permettent pas d’établir un lien clair. Si un aliment semble déclencher vos crises, vous pouvez le limiter, mais le levier principal reste le transit.

« Il n’y a rien à faire, c’est comme ça. » C’est faux. La plupart des personnes sont soulagées par des mesures simples, et des traitements efficaces existent lorsque celles-ci ne suffisent pas.

Un problème très répandu

On estime qu’environ une personne sur quatre souffrira de la maladie hémorroïdaire au cours de sa vie, avec une fréquence qui augmente avec l’âge. Pendant la grossesse, 8 à 38 % des femmes seraient concernées selon les études. Malgré ces chiffres, le sujet reste peu abordé, et beaucoup de personnes attendent longtemps avant d’en parler à un professionnel.

Comment se pose le diagnostic

Le diagnostic est clinique. Le médecin interroge sur les symptômes, examine la marge de l’anus, pratique un toucher rectal et utilise souvent un petit tube court, l’anuscope, pour observer l’intérieur du canal. L’examen dure quelques minutes et ne nécessite aucune préparation.

Une coloscopie n’est pas nécessaire pour diagnostiquer des hémorroïdes. Elle est proposée lorsque certains signes font rechercher une autre cause au saignement : âge, antécédents familiaux, modification du transit, fatigue ou amaigrissement. Pour savoir comment se passe la consultation, lire consultation pour hémorroïdes : comment se passe l’examen ?

Les traitements, du plus simple au plus spécialisé

La prise en charge suit une logique progressive. La grande majorité des personnes n’ont besoin que des premières étapes.

1. Réguler le transit

C’est la base, quel que soit le stade : des selles molles et régulières, obtenues grâce aux fibres, à une hydratation suffisante et, si besoin, à un laxatif doux. S’y ajoutent des habitudes simples : ne pas s’attarder aux toilettes, ne pas se retenir, bouger chaque jour.

2. Soulager les crises

Pendant une poussée, le froid, le paracétamol et un traitement local choisi selon le symptôme apportent un soulagement réel. Le plan d’action détaillé figure dans crise hémorroïdaire : que faire dans les 48 premières heures, et le choix des produits dans crèmes et suppositoires : lesquels choisir.

Les veinotoniques peuvent être utilisés en cure courte pour réduire saignements et démangeaisons. Leur intérêt et leurs limites sont expliqués dans veinotoniques et hémorroïdes : efficaces ou non ?

3. Les gestes réalisés en consultation

Lorsque les symptômes persistent malgré ces mesures, le proctologue peut proposer un traitement instrumental : ligature élastique, injection sclérosante ou photocoagulation infrarouge. Ces gestes rapides se pratiquent au cabinet, sans anesthésie générale, et s’adressent surtout aux hémorroïdes internes des premiers stades.

4. La chirurgie

Elle est réservée aux formes les plus avancées ou lorsque les autres traitements ont échoué. Plusieurs techniques existent ; le chirurgien choisit selon la situation. Elle ne concerne qu’une minorité de patients.

Quand consulter

Consultez votre médecin :

  • lors d’un premier saignement, ou si un saignement change d’aspect ;
  • en cas de douleur intense, de fièvre ou de boule qui ne rentre plus ;
  • si les symptômes persistent après une semaine de traitement bien suivi, ou reviennent souvent ;
  • sans attendre si le saignement s’accompagne d’un changement du transit, d’une fatigue, d’un amaigrissement ou de selles noires, ou si vous avez plus de 45 ans ou des antécédents familiaux de cancer colorectal.

L’essentiel

Les hémorroïdes sont des structures normales ; elles ne deviennent une maladie que lorsqu’elles provoquent des symptômes. Saignement rouge vif, boule qui sort, douleur liée à une thrombose et gêne en sont les principales manifestations. La constipation et les efforts de poussée sont les premiers facteurs à corriger. Le traitement est progressif et, dans la plupart des cas, des mesures simples suffisent. Un saignement mérite toujours un avis médical la première fois.

Questions fréquentes

Les hémorroïdes sont-elles graves ?

Non, la maladie hémorroïdaire est bénigne. Elle peut toutefois être très inconfortable, et ses symptômes ressemblent à ceux d’autres affections : un premier saignement doit donc être examiné.

Quelle est la différence entre hémorroïdes internes et externes ?

Les internes sont situées à l’intérieur du canal anal, dans une zone peu sensible : elles saignent et peuvent sortir, mais font rarement mal. Les externes sont sous la peau du bord de l’anus, une zone très sensible : elles deviennent douloureuses lorsqu’un caillot s’y forme.

Les hémorroïdes peuvent-elles disparaître seules ?

Les crises s’apaisent souvent en quelques jours, et une thrombose se résorbe en une à trois semaines. Les coussins restent présents, puisqu’ils sont normaux, mais les symptômes peuvent disparaître durablement si le transit est bien régulé.

Les hémorroïdes peuvent-elles devenir un cancer ?

Non. Mais certains cancers provoquent des saignements semblables, d’où l’importance de faire examiner tout saignement plutôt que de l’attribuer d’office aux hémorroïdes.

Sources

  • Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP) : Recommandations pour la pratique clinique sur le traitement de la maladie hémorroïdaire
  • SNFCP, La Revue Colo-Proctologie : La maladie hémorroïdaire ; Le traitement médical de la pathologie hémorroïdaire (2026)
  • Société européenne de colo-proctologie (ESCP) : Recommandations européennes sur la prise en charge de la maladie hémorroïdaire (2020)
  • VIDAL Recommandations : Hémorroïdes

L’autrice

Charlotte Callon est docteur en pharmacie. Elle rédige et vérifie l’ensemble des contenus du site à partir des recommandations des sociétés savantes et des références officielles en pharmacologie.

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