Sédentarité et hémorroïdes : ce que la position assise change vraiment

Par Charlotte Callon, docteur en pharmacie

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En bref. La sédentarité fait partie des facteurs favorisants reconnus, mais son effet est surtout indirect : elle ralentit le transit, et c’est la constipation qui déclenche les crises. Le temps passé aux toilettes pèse d’ailleurs davantage que le temps passé au bureau. Se lever régulièrement, marcher chaque jour et limiter le temps aux toilettes sont les mesures les plus utiles.

Une journée devant un écran, des heures de route, un vol long-courrier : beaucoup de personnes font le lien entre leur mode de vie assis et leur gêne. Elles ont raison, mais le mécanisme n’est pas forcément celui qu’on imagine.

Pour une vue d’ensemble, lire Hémorroïdes : symptômes, causes et ce qu’il faut savoir.

Ce qui se passe quand on reste assis longtemps

Trois mécanismes entrent en jeu, avec un poids très différent.

La stase veineuse. En position assise prolongée, le sang circule moins bien dans les vaisseaux du bassin et les coussins vasculaires de l’anus se congestionnent. C’est le mécanisme auquel on pense spontanément.

La pression locale. Le poids du corps se concentre sur une petite surface, surtout sur un siège dur.

Le ralentissement du transit. C’est le mécanisme le mieux établi et de loin le plus important. Le mouvement stimule le péristaltisme, ces contractions de l’intestin qui font progresser les selles. Lorsque l’on reste immobile, les selles séjournent plus longtemps dans le côlon, s’y déshydratent et durcissent. Ce sont elles qui déclenchent la crise.

Ce que disent réellement les études

La sédentarité et la station assise prolongée figurent parmi les facteurs de risque cités dans la littérature médicale. Aucune étude ne permet en revanche d’affirmer qu’au-delà d’un certain nombre d’heures par jour, le risque augmente dans une proportion donnée. Ce qui est solidement établi, c’est le rôle de la constipation, à laquelle la sédentarité contribue directement. En somme, ce n’est pas la chaise qui pose problème, mais l’effet de l’immobilité sur le transit.

Le temps passé aux toilettes compte davantage

C’est un point méconnu, et probablement le conseil le plus utile de cet article. Limiter le temps passé aux toilettes figure explicitement dans les recommandations de prise en charge : c’est une mesure thérapeutique à part entière.

Assis sur une cuvette, avec son ouverture centrale, on exerce sur la région anale une pression bien supérieure à celle d’un siège de bureau. Associée à des efforts de poussée répétés, c’est la combinaison la plus défavorable. Or le téléphone a nettement allongé ce temps : beaucoup de personnes y passent quinze ou vingt minutes, plusieurs fois par jour, sans s’en rendre compte.

La règle est simple : cinq minutes, sans téléphone ni lecture. Si rien ne vient, mieux vaut se relever et revenir plus tard. Cette habitude ne coûte rien et fait partie des plus efficaces.

Au bureau

Se lever toutes les trente à soixante minutes, ne serait-ce que deux minutes. Un rappel dans l’agenda est plus fiable que la bonne volonté.

Marcher chaque jour. L’objectif n’est pas sportif mais digestif : une vingtaine de minutes de marche régulière stimule davantage le transit que n’importe quel complément.

Boire régulièrement. La déshydratation durcit les selles ; une bouteille d’eau à portée de main aide à y penser.

Ne pas se retenir. Au travail, beaucoup repoussent l’envie d’aller à la selle, par gêne, faute d’intimité ou parce qu’ils sont en réunion. Se retenir déshydrate pourtant les selles et émousse le réflexe naturel. Ne pas se sentir à l’aise dans les toilettes de son lieu de travail est une difficulté réelle, avec des conséquences physiologiques.

Fractionner l’immobilité : escaliers, appels passés en marchant, réunions debout.

En voiture, en avion, à vélo

Sur la route, prévoyez une pause toutes les deux heures, avec quelques minutes de marche. Continuez à boire, même si le réflexe est plutôt de s’en priver pour éviter les arrêts.

En avion, levez-vous pour marcher dans l’allée et buvez régulièrement : l’air de la cabine est très sec.

À vélo, la selle appuie directement sur le périnée. Une selle adaptée, un cuissard de qualité et des passages en danseuse limitent la gêne. Pendant une crise, mieux vaut lever le pied quelques jours.

Et le sport ?

Une activité physique régulière est bénéfique, essentiellement parce qu’elle entretient le transit. Une nuance est rarement mentionnée : les efforts intenses réalisés en bloquant la respiration, comme le soulevé de charges lourdes, créent une forte pression dans l’abdomen, comparable à un effort de poussée. Chez les personnes sujettes aux crises, la musculation lourde peut donc être un déclencheur. Il n’est pas nécessaire d’arrêter : expirez pendant l’effort plutôt que de bloquer, et évitez les charges maximales pendant une crise.

Les coussins sont-ils utiles ?

On lit souvent que rien ne prouve leur efficacité. Au sens strict, c’est exact : aucun essai clinique n’a montré qu’un coussin fait régresser une maladie hémorroïdaire. La formule est pourtant trompeuse. D’une part, ce type de produit fait rarement l’objet d’études, et l’absence de recherche n’est pas une preuve d’inefficacité. D’autre part, le critère n’est pas le bon.

Un coussin ne soigne pas, mais il peut permettre de tenir une journée de travail, de conduire ou d’allaiter assise quelques jours après un accouchement. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il est couramment conseillé après une chirurgie proctologique ou en post-partum. Son principe, réduire l’appui sur la zone douloureuse, est plausible.

Deux précisions toutefois. La forme compte : les modèles ouverts à l’arrière, en U, dégagent mieux la région anale qu’une bouée fermée, et la densité de la mousse change beaucoup le confort. Et le soulagement ne doit pas devenir une raison de rester assis plus longtemps, ce qui entretiendrait le problème de fond.

Quand consulter

La sédentarité explique une gêne, mais pas tout. Consultez si :

  • vous saignez, surtout si c’est nouveau ;
  • la douleur est intense ou soudaine ;
  • les symptômes reviennent malgré ces mesures ;
  • vous avez plus de 45 ans et n’avez jamais été examiné.

À lire aussi : hémorroïdes qui saignent, est-ce grave ? et, en cas de poussée, que faire dans les 48 premières heures d’une crise.

L’essentiel

La position assise prolongée favorise les hémorroïdes surtout parce qu’elle ralentit le transit. Le temps passé aux toilettes pèse plus lourd que le temps passé au bureau : cinq minutes, sans téléphone. Se lever régulièrement, marcher chaque jour, boire et ne pas se retenir sont les gestes qui comptent. Un coussin ne traite rien mais peut rendre une journée assise plus supportable, et en musculation, mieux vaut expirer pendant l’effort.

Questions fréquentes

Rester assis toute la journée donne-t-il des hémorroïdes ?

La sédentarité est un facteur favorisant reconnu, surtout parce qu’elle ralentit le transit. C’est la constipation qui déclenche le plus souvent les crises.

Combien de temps rester aux toilettes ?

Cinq minutes, sans téléphone ni lecture. Si rien ne vient, mieux vaut se relever et revenir plus tard.

Un coussin anti-hémorroïdes est-il utile ?

Il ne soigne pas, mais il peut rendre la position assise plus supportable, notamment en post-partum ou après une chirurgie. Les modèles ouverts à l’arrière, en U, sont généralement plus adaptés qu’une bouée fermée.

Peut-on faire de la musculation avec des hémorroïdes ?

Oui, en expirant pendant l’effort plutôt qu’en bloquant la respiration, et en évitant les charges maximales pendant une crise.

Sources

  • Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP) : Recommandations pour la pratique clinique sur le traitement de la maladie hémorroïdaire
  • SNFCP, La Revue Colo-Proctologie : La maladie hémorroïdaire (2026)
  • Société européenne de colo-proctologie (ESCP) : Recommandations européennes (2020)
  • VIDAL Recommandations : Hémorroïdes

L’autrice

Charlotte Callon est docteur en pharmacie. Elle rédige et vérifie l’ensemble des contenus du site à partir des recommandations des sociétés savantes et des références officielles en pharmacologie.

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