En bref. La plupart des traitements des hémorroïdes sont compatibles avec l’allaitement : laxatifs doux, traitements locaux, paracétamol, ibuprofène et veinotoniques en cure courte. Il n’y a donc aucune raison de souffrir en silence ni d’arrêter d’allaiter pour se soigner. Quelques produits sont à éviter, en particulier la codéine et les compléments à base de marron d’Inde. En cas de doute, le CRAT est la référence.
Quand on allaite, chaque médicament soulève la même question : est-ce que ça passe dans le lait ? Et comme les notices restent souvent évasives, beaucoup de mères préfèrent ne rien prendre. C’est dommage, car les options sont nombreuses et bien connues.
Pour la période qui suit la naissance, lire aussi Hémorroïdes après l’accouchement : combien de temps ça dure ?
Comment raisonner
Un médicament passe plus ou moins dans le lait selon sa nature, sa dose et la façon dont il est absorbé. Deux principes guident le choix :
- les traitements appliqués localement passent très peu dans le sang, et donc très peu dans le lait ;
- les médicaments anciens et bien étudiés sont préférables aux nouveautés, faute de recul pour ces dernières.
La référence en France est le CRAT (Centre de référence sur les agents tératogènes), consultable librement sur lecrat.fr. Votre pharmacien et votre sage-femme l’utilisent au quotidien.
Traiter la constipation d’abord
C’est la priorité, comme toujours. L’allaitement augmente les besoins en eau, et la fatigue comme les repas pris à la hâte ralentissent souvent le transit.
Les laxatifs de lest et les fibres, comme l’ispaghul ou le psyllium, ne sont pas absorbés : ils restent dans l’intestin et sont compatibles avec l’allaitement. Certaines mères tolèrent mieux d’autres sources de fibres, comme la gomme d’acacia.
Les laxatifs osmotiques, comme les macrogols ou le lactulose, sont très peu absorbés et également utilisables.
Boire davantage est essentiel : l’allaitement mobilise une quantité d’eau importante, qui manque ensuite au transit. Pour le plan complet, voir constipation et hémorroïdes : par où commencer.
Les traitements locaux
Crèmes, pommades et suppositoires agissent sur place et passent très peu dans la circulation. Ils sont utilisables pendant l’allaitement, y compris ceux qui contiennent un anesthésique local ou un corticoïde, sur quelques jours. Le CRAT indique des spécialités à privilégier : précisez que vous allaitez lorsque vous demandez conseil en pharmacie.
Pour choisir selon votre symptôme, voir quelle crème pour hémorroïdes choisir.
Les antidouleurs
Le paracétamol est l’antalgique de première intention, compatible avec l’allaitement aux doses habituelles.
L’ibuprofène, interdit en fin de grossesse, redevient utilisable pendant l’allaitement, sauf contre-indication personnelle. Il est utile sur quelques jours en cas de crise douloureuse ou de thrombose.
La codéine est à éviter pendant l’allaitement : elle peut exposer le nourrisson à des effets graves. Plus généralement, les antalgiques opioïdes sont à réserver à une prescription médicale, d’autant qu’ils constipent et aggravent les hémorroïdes.
Les veinotoniques
La diosmine est utilisable en cure courte pendant l’allaitement. Son efficacité est réelle mais modeste, et elle ne remplace pas le travail sur le transit. Vous pouvez consulter notre article : venotoniques et hémorroïdes : efficaces ou non ?
Ce qu’il vaut mieux éviter
- La codéine et, sans avis médical, les autres antalgiques opioïdes.
- Les compléments à base de marron d’Inde, faute de données suffisantes pendant l’allaitement.
- Les huiles essentielles, par voie orale comme en application, en raison de leur passage possible dans le lait et de leur pouvoir irritant.
- Les laxatifs stimulants, à base de séné ou de bourdaine, sauf usage ponctuel : ils irritent et ne sont pas le premier choix.
Les gestes sans médicament
Le froid appliqué dans un linge, le bain de siège tiède, une hygiène douce sans lingettes parfumées et le fait de ne pas s’attarder aux toilettes restent utiles, sans aucune restriction. Pour les tétées, un coussin ouvert à l’arrière peut rendre la position assise plus supportable. Voir aussi remèdes naturels : ce qui tient et ce qui ne tient pas.
Quand consulter
Parlez-en à votre sage-femme, votre médecin ou votre pharmacien si :
- la douleur est intense ou vous empêche de vous asseoir pour allaiter ;
- vous avez de la fièvre ou un saignement important ;
- vous êtes très fatiguée, pâle ou essoufflée, ce qui peut traduire une anémie ;
- rien ne s’améliore après une semaine de traitement bien suivi ;
- vous avez un doute sur un médicament que vous prenez déjà.
L’essentiel
Allaiter n’empêche pas de se soigner. Les laxatifs de lest et osmotiques, les traitements locaux, le paracétamol, l’ibuprofène et la diosmine en cure courte sont compatibles avec l’allaitement. La codéine, le marron d’Inde et les huiles essentielles sont à éviter. Buvez davantage, traitez la constipation en priorité, et demandez conseil en précisant que vous allaitez : c’est une question à laquelle un pharmacien répond en quelques minutes.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser une crème anti-hémorroïdes en allaitant ?
Oui. Les traitements locaux passent très peu dans le lait. Le CRAT indique des spécialités à privilégier : précisez en pharmacie que vous allaitez.
Quel laxatif prendre pendant l’allaitement ?
Un laxatif de lest comme l’ispaghul ou le psyllium, ou un laxatif osmotique comme le macrogol ou le lactulose. Ils sont très peu absorbés et compatibles avec l’allaitement.
Peut-on prendre de l’ibuprofène en allaitant ?
Oui, sauf contre-indication personnelle. Interdit en fin de grossesse, il redevient utilisable après l’accouchement, y compris pendant l’allaitement.
Faut-il arrêter d’allaiter pour se soigner ?
Non. Les traitements habituels des hémorroïdes sont compatibles avec l’allaitement. Il suffit d’éviter quelques produits, comme la codéine ou le marron d’Inde.
Sources
- CRAT : Antihémorroïdaires – Allaitement ; Veinotoniques – Allaitement
- ANSM : Codéine et allaitement, contre-indication (2013) — référence à vérifier
- Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP) : Recommandations pour la pratique clinique sur le traitement de la maladie hémorroïdaire
- SNFCP, La Revue Colo-Proctologie : Le traitement médical de la pathologie hémorroïdaire (2026)
- VIDAL : Recommandations Hémorroïdes
